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Full text of "MIFAO 07 Salmon, Georges - Etudes sur la topographie du Caire. La Kal'at al Kabch et la Birkat al-Fîl (1902)"

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MINISTÈRE DE L’INSTRUCTION PURLIOUE ET DES REAUX-ARTS 



MÉMOIRES 



PUBLIÉS 

PAR LES MEMBRES 



DE 

L’INSTITUT FRANÇAIS D’ARCHÉOLOGIE 

DU CAIRE 




SOUS LA DIRECTION DE M. E. CHASSINAT 



TOME SEPTIÈME 




LE CAIRE 

IMPRIMERIE DE L’INSTITUT FRANÇAIS 
D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 



1902 



7283 B 




MÉMOIRES 



PUBLIÉS 

PAR LES MEMBRES 
DE 

L’INSTITUT FRANÇAIS 
D* ARCHÉOLOGIE ORIENTA' E 

DU CAIRE 




bibliothèque 



DM L'ÜBIVKRSÎÏII 




MÉMOIRES 

PUBLIÉS 

PAR LES MEMBRES 

DE 

L’INSTITUT FRANÇAIS D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE 

DU CAIRE 



TOME SEPTIÈME 




ÉTUDES 

SUR 

LA TOPOGRAPHIE DU CAIRE 

LA KAL'AT AL KARCH ET LA RIRKAT AL-FÎL 

PAU 



M. GEORGES SALMON 




AVERTISSEMENT. 



Vingt ans se sont écoulés depuis que les premières études sur la 
topographie du Caire ont été entreprises. Le fondateur de la Mission 
archéologique française, M. Maspero, avait compris dès le début 
que, parmi les grands travaux que la science exigeait d’une mission 



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des Fâtimites et des Mamelouks était une des plus importantes et 
celle qui exigeait une exécution immédiate si l’on voulait profiter 
des vestiges que la pioche des démolisseurs avait épargnés. 

M. Paul Ravaisse s’attela à cette besogne, guidé par l’historien 
Makrîzî, dont la Description topographique du Caire était la mine la 
plus précieuse pour l’archéologie arabe. II put ainsi reconstituer le 
Grand Palais des Khalifes Fâtimites et les quartiers environnants, 
c est-à-dire la partie la plus intéressante de la capitale fâtimite. Quel- 
ques années après, M. Paul Casanova reprit Makrîzî et étudia la 
partie relative- a la Citadelle du Caire en identifiant les données de 
1 écrivain arabe avec les renseignements pris sur le terrain. 

C’était toute l’histoire des Ayyoûhites et des Mamelouks que cette 
Citadelle reconstituée, construite par l’eunuque de Saladin, Karâ- 
kouch, et permanente jusqu’à nos jours. Une lacune restait à 
combler : au pied de la Citadelle, dans le vaste espace compris entre 
le Caire des Fâtimites et Fostât, quelques quartiers s’étalent autour 



II 



de la montagne de Yachkour, à l’emplacement de l’ancienne capitale 
des Toûloûnides, Al-Katâf. 

A mon arrivée a 1 Institut français d’archéologie, lorsque nous - 
eûmes décidé, M. Casanova et moi, de remettre sur le chantier la 
topographie du Caire, Monsieur Maspero voulut Lien attirer mon 
attention sur ces quartiers de la Kalat al-Kabch et de la Mosquée de 
Jouloûn dont l’aspect avait' peu changé depuis la Description de 
l Egypte, mais qui menaçaient ruine et à travers lesquels les travaux 
d’assainissement allaient faire de larges trouées. 

La montagne de Yachkour a vu passer et s’éteindre la dynastie 
des Toûlounides. Al-Katâf a été la capitale de l’Egypte pendant un 
demi-siècle. Mais de cette ancienne ville, il ne reste que le souvenir 
et les indications fournies par les historiens sur ces quartiers sont 
des plus vagues. Elles n’atteignent quelque précision que dans la 
troisième période, lorsque les Ayyoûbites commencent à transformer 
les alentours du mont Yachkour en lieux de plaisance, puis, dans la 
quatrième , lorsque les Mamelouks édifient de somptueuses demeures 
à l’emplacement des vastes jardins qui s’étendaient entre Al-Kâhirat 
et la hauteur du Kabch. Mais alors les événements qui se déroulent 
dans cette partie de la capitale n’ont plus qu’une importance secon- 
daire. L’intérêt historique en est diminué. Parmi les études que l’on 
a faites ou qui restent à faire sur la topographie du Caire, la nôtre 
sera certainement la moins intéressante; elle n’est destinée qu’à com- 
bler une lacune, à servir de trait d’union entre des travaux de plus 
grande importance. 

Les quartiers que nous étudions occupent d’ailleurs peu de place 
dans les écrits historiques des Arabes. Makrîzî ne parle de ces lieux 
que pour mémoire et les autres historiens sont muets. Au milieu 










III 



de cette pénurie de documents, nous avons beaucoup de peine à 
démêler le réseau des rues de cette partie du Caire, à en. étudier le 
développement historique et à les identifier avec les voies du plan 
actuel. Certes, les ressources dont nous disposons sont plus nom- 
breuses et mieux à notre portée que ne l’étaient celles qui ont aidé 
nos devanciers. Depuis lepoque où MM. Ravaisse et Casanova ont 
publié leurs études, plusieurs travaux importants pour l’archéologie 
arabe d Egypte ont été exécutés. Une partie de l’œuvre de Makrîzî 
est traduite, grâce à MM. Bouriant et Casanova; les inscriptions 
arabes du Caire ont été relevées, classées et publiées par les soins 
de M. Max Van Berchem; le Comité de Conservation des Monuments 
de l’art arabe publie un bulletin périodique dont les indications nous 
sont d’un grand secours; enfin la Direction de la Bibliothèque 
Khédiviale a fait imprimer les textes arabes de plusieurs manuscrits 
qui sont conservés dans cet établissement et parmi lesquels le Kitâb 
al-Intisâr d Ibn Doukmak est le medleur guide pour la reconstitution 
topographique de Fostât, d’Al-'Askar et d’ Al-Katâf. 

Mais les indications fournies par ces ouvrages sont confuses et 
manquent de suite. L histoire de la Kalat al-Kabch est souvent inter- 
rompue; notre plan est entaché de nombreuses lacunes. Pour mener 
a bien cette reconstitution topographique, il est nécessaire d’adopter 
une méthode rigoureuse. Nous avons étudié le plan de la région du 
Caire avant les premiers travaux des Toûlounides; nous avons suivi 
pas à pas les étapes de la formation des différents quartiers; nous 
les avons ensuite examinés dans leur ensemble à diverses époques, 
procédant aux identifications que les plans modernes nous permet- 
tent de faire. 

Afin de rendre plus clairs et plus évidents aux lecteurs les résultats 



IV 



de noire enquête, nous avons voulu lui présenter ce travail de 
synthèse dans ses phases principales. Nous avons suivi, dans le cours 
de notre étude, la méthode qui a dirigé nos investigations, espérant 
que les conclusions en découleraient naturellement. Notre tâche était 
ardue; nous avons conscience de ne l’avoir qu’imparfaitement 
accomplie. Les travaux de reconstitution topographique, basés sur 
des documents aussi peu nombreux et aussi vagues, sont rarement 
definitifs. Nous verrons plus tard si nos identifications étaient exactes. 
Nous souhaitons ardemment que nos successeurs relèvent les erreurs 
qui ne manqueront pas de se glisser dans notre travail. Nous serons 
assez satisfait si nous avons pu ajouter une pierre à l’édifice que 
1 érudition française a élevé sur la terre d’Egypte. 

Le Caire, le 22 Février iqo2. 



PREMIÈRE PARTIE. 



CHAPITRE PREMIER. 

LES TOÛLOÛNIDES À MISR. — AL-KATÂ 1 '. 

• • • » 



Au mois de Ramadan de l’an de l’hégire 2 5 â, l’Émir Aboû l-'Abbâs Ahmad 
ibn Toûloûn fut appelé au gouvernement de l’Égypte, après la destitution du 
gouverneur Arkhoûz ibn Oloug Tarkhân (1) . 

Le Khalife abbâside Al-Mou'tamid, en accordant, à l’Émir Ahmad les deux 
charges — la priere et 1 impôt — qui étaient les prérogatives des gouverneurs 
d’Egypte , ne faisait que ratifier la décision des émirs turcs qui s étaient depuis 
longtemps réunis sous son autorité en 'Irâk et en Syrie (2) . Dès son arrivée en 



(l> Ahmad ibn Toûloûn était âgé alors de 3 4 ans et un jour. Son père Toûloûn était un turc 
affranchi de Nouh, gouverneur de Boukhârâ et du Khorâsân. Noûh en fit cadeau au Khalife 'abbâside 
Al-Mâmoûn qui le garda à sa cour jusqu’à ce qu’il fut élevé au rang d’émir. Ahmad naquit, selon 
les uns, à Bagdàdh, selon les autres, à Sourrâ-Man-Rà (Samarrâ). Plusieurs légendes ont cours 
parmi les historiens sur la naissance et les premières années d’Ahmad. Jugé digne par le Khalife 
Al-Moutawakkil de succéder, à la mort de son père, dans sa charge A'Amîr as-Sitr, Ahmad refusa de 
tremper dans le meurtre de son successeur Al-Mousta'In. En 254 de l’hégire (968 J.C.), Ahmad 
ibn Toûloûn fut associé dans le gouvernement de l’Égypte avecBakbak, chef de la milice turque 
et Ahmad ibn Al-Moudabbir, chargé de 1 administration financière. Plus tard, Ibn Toûloûn fnt 
gouverneur par intérim, puis confirmé dans son gouvernement. Les principaux événements de la 
vie d’Ibn Toûloûn sont rapportés en détail dans : Makrîzî, Kitâb al-Khitat wa l-Athâr, éd. Boûlâk, 

I, p. 3 1 3 etseq.; Aboû 1 -Mahâsin ibn Tagribardî, An-Noudjoûm az-Zâhirat-, éd. Juynboll et Malthes, 

II, p. 2 et seq. ; Ibn Iyâs, Târîkh Misr, I, p. 3 y et seq. ; J. J. Marcel, Mémoire sur la Mosquée de 
Toûloûn, dans la Description de l’Egypte, éd. Panckoucke, tome XVIII; TacoRoorda, Specimm hist. 
crit. exhibens vitam Amedis Tubnidis, Leide, 1825 ; Weil, Geschichte d. Chalifen, II, p. 4 o 5 et seq.; 
Eüstace K. Corbet, The life and Works of Ahmad ibn Tûlûn, London, 1891. 

m Ahmad ibn Toûloûn s’était signalé en effet par sa bravoure et sa fermeté et s’était imposé 
plutôt au Khalifat. Les deux charges, la prière et l’impôt, ne furent accordées à l’émir Ahmad qiiV' 
cinq ans d’intervalle. Sut la division du pouvoir des gouverneurs d’Égypte, cf. Casanova, Catab f " 
des pièces de verre de la collectbn Fouquet, dans les Mémoires de la Mission archéologique franco 
tome VI, p. 343 . 

Mémoires 9 t. VII. t